ANI-MOT-LIRE

Plus qu'un apprentissage de la lecture : une éducation à la lecture. Une démarche novatrice permettant la découverte par les enfants de 5 à 8 ans de notre système de lecture-écriture. Marie-Joëlle Bouchard.

04 mars 2006

LA PREPARATION A LA LECTURE

La préparation à la lecture :

Une bonne préparation à la lecture future et à sa compréhension demande avant tout le développement du langage oral sur les supports privilégiés que constituent les livres et une familiarisation avec le langage de l'écrit.


Le langage oral :

Raconter une histoire  à des enfants, c’est employer le langage de l’oral, alors que lire une histoire, c’est dire à haute voix du langage écrit. Lorsque l’adulte raconte, il se met naturellement à la portée de son « public », il cherche à être compris et il utilise pour cela les mots, expressions et phrases les plus appropriées. Ce n’est pas toujours le cas pour les auteurs d’albums ou de revues enfantines, qui s’adressent à des enfants d’âge et de milieux différents, avec des niveaux de langage très divers.

Il est important de pouvoir parler, avec un adulte ou avec les autres enfants, des histoires lues au groupe ou par le groupe. Il y a dans les livres tant de choses nouvelles pour un enfant et qu’il n’aura sans doute pas l’occasion de voir avant longtemps, ou de rencontrer réellement, que cela permet un éventail d’échanges oraux extrêmement variés, sur des situations à appréhender, des émotions à exprimer, avec des mots et des structures de phrases diverses, particulièrement riches et qui sont de ce fait irremplaçables.

C’est l’occasion de faire connaissance avec des lieux, des moments différents de la vie, des époques autres, des personnages inconnus et des évènements vécus ou non. C’est l’occasion de vivre par l’imagination d’autres vies dans d’autres lieux, de connaître des sentiments nouveaux, de pouvoir se retrouver dans des héros divers ou de s’identifier à eux… et de pouvoir en parler avec les membres du groupe avec qui l’on partage ces découvertes.

C’est la possibilité pour les enfants de poser des questions et pour les adultes de leur en poser aussi, avant la lecture, à partir du titre, de l’image de couverture, pour imaginer déjà ce que l’on pense y trouver, en cours de lecture pour préciser, pour demander, pour expliquer, pour anticiper, en fin de lecture pour faire le point, donner son avis, comparer avec ce que l’on avait imaginé, avec ce que l’on connaît du thème traité ou avec des histoires proches par certains aspects. C’est ce que nous devons les habituer à faire, si l’on veut qu’ils agissent de même lorsqu’ils liront eux-mêmes.

Il est nécessaire de faire parler sur l’écrit, comme cela a été le cas sur les images, car dans l’écrit tout n’est pas dit et il est de notre devoir d’apprendre à rechercher notamment les intentions des personnages et de l’auteur, à dégager les idées et les éléments essentiels à la compréhension, à résumer pour mettre en évidence l’aspect logique et chronologique de l’ensemble, à tirer des « enseignements » pour mieux se rendre compte à quoi ça sert de lire  et en quoi cela peut être important pour nous tous.

Lire n’est pas une fin en soi, il est intéressant et même essentiel que ce soit le départ d’une réflexion, d’une recherche, d’une autre activité…

Cela doit permettre à l’adulte de questionner intelligemment. Il faut pour cela juger de ce qui n’est pas explicite, tant dans les images que dans le texte pour certains enfants, selon leur âge et leur niveau. Il ne s’agit pas seulement de contrôler, mais de faire que tous entrent dans une compréhension fine des personnages et de l’histoire, des éléments et des moments essentiels à son interprétation, qu’ils perçoivent les relations entre les personnages, les relations d’appartenance ou de cause à effet,  les intentions cachées…

Les questions : qui ? quand ? où ? mais surtout, comment ? et pourquoi ?, posées à bon escient, sont primordiales. 

C’est l’occasion de nommer, de découvrir et d’employer de nouveaux mots, de donner réalité à des mots entendus mais mal connus, d’interpréter  aussi, car les images comme les textes sont interprétables, tous ne les reçoivent pas de la même manière et il est intéressant de le mettre en évidence pour que chacun se sente autorisé à s’investir personnellement, puisse se représenter la situation, s’identifier à un personnage, lui prêter ses propres mots, formuler les choses écrites différemment.

Le langage écrit :

Il faut différencier le langage écrit du langage oral, car pour certains enfants le langage de l’écrit est trop éloignée du langage oral qu’ils ont l’habitude d’entendre ou d’employer quotidiennement, pour qu’ils puissent le comprendre aisément, sans la médiation et l’aide conjuguée du groupe et de l’adulte.

C’est ainsi que l’on rencontre des mots tels que « indigné » ou « intrigué », des phrases comme « Qu’y a-t-il ?» qui, parfois ne peuvent être lus en raison de difficultés techniques (le « gu » ou « gn » non acquis), mais aussi faute d’être compris, car l’anticipation sur le mot ne peut alors jouer. Et  même s’ils sont « lus », ils ne sont pas compris ce qui n’arrange rien.

Ces mots, ces expressions et ces tournures de phrases que les enfants ne rencontreront guère que dans des textes écrits, il faut qu’ils sachent leur donner un sens en se servant de l’illustration, du thème traité, du contexte, des mots connus, des phrases précédentes et comprises… en un mot qu’ils anticipent le sens lorsqu’il leur échappe ou qu’ils cherchent à le cerner. C’est ainsi qu’il est bon que l’adulte ne lise pas tout de A à Z, mais suspende parfois sa lecture en cours de phrase, à des moments bien choisis, pour la laisser compléter ou terminer par les enfants. C’est ainsi qu’apparaîtra naturellement la notion de synonyme, mais aussi d’interprétation différente. Il faut que l’adulte sache poser les bonnes questions au bon moment. Celles que l’enfant ne se serait sans doute pas posées mais qui vont lui permettre de mieux comprendre les personnages, les relations qui les unissent, les sentiments qui les animent, les situations et les évènements présents ou à venir…

Mais avant tout, si l’on veut que les enfants se familiarisent avec ce langage de l’écrit si particulier, il faut le plus tôt et le plus souvent possible, lire des histoires, lire des comptines, des poésies, des contes, des plus courtes aux plus longues, des plus drôles aux plus tristes, des plus tendres à d’autres un peu plus dures… Il n’y a pas d’âge pour commencer à leur lire de petites histoires en rapport avec leur centre d’intérêt du moment, d’une histoire de « doudou » perdu (« La couverture » de John Burmingam), à celle d’un petit garçon qui s’habille seul ou parle de jeux qu’il fait avec son papa  (« Mes habits préférés »,  « Papa joue avec moi », tous deux de Shigeo Watanabe, images de Yasuo Ohtomo, aux Editions du Sorbier). A condition de s’appuyer sur les images, mais aussi de faire référence au vécu des enfants, ce qui leur rendra les images et le texte accessibles.

Et ce ne sont là que quelques exemples de ces premières histoires dont les tout petits ne se lassent pas, les redemandant sans cesse, jusqu’à les reprendre, en suivant la légende du doigt et en s’essayant à dire ce qu’ils peuvent, tout en faisant semblant de lire comme papa ou maman. C’est de ce premier sens donné à ces petits signes noirs que naît la toute première envie de lire. Certaines revues s’adressent aux enfants dès l’âge de neuf mois et proposent des dessins et des personnages tout en rondeurs, des légendes très courtes et des jeux simples.

Il est bien évident que c’est aussi tout au long du cycle 2, de cinq à sept ans, que la lecture d’histoires en tous genres par un adulte, est absolument indispensable. Tant pour donner l’envie d’entrer dans le code écrit, de percer les mystères de ce code secret, celui des belles histoires passées, présentes et à venir, que pour continuer à se familiariser avec un langage écrit de plus en plus complexe.

Mais si lire des histoires est nécessaire, ce n’est certes pas suffisant. Pour avoir souvent observé des enfants, auxquels des mamans, grands-mères ou grandes sœurs, lisaient un livre d’un bout à l’autre, j’ai pu constater qu’ils étaient sous le charme, bercés par la musique des mots, mais ne cherchant pas toujours à en comprendre le sens et sûrement pas les subtilités. Dans le livre « Coin-Coin » de Frédéric Stehr à L’Ecole des Loisirs, repris avec eux en classe, par exemple, ils avaient bien saisi que le petit canard cherchait sa mère, et qu’il s’adressait à différents animaux pour la retrouver, mais si cela les faisait rire de voir que le caneton disait à chaque animal « bonjour maman », ils ne savaient pas et surtout ne se demandaient pas pourquoi, pas plus qu’ils ne comprenaient pourquoi cette mère cane avait laissé son petit tout seul dans l’œuf, croyant qu’elle cherchait juste à échapper au renard. Or c’est bien là tout l’essentiel de l’histoire : cette quête de l’identité et cette mère prête à se sacrifier pour sauver son caneton et non à l’abandonner comme il serait grave pour eux de le penser. Si l’on pense que les images et les mots suffisent à la compréhension, si l’on n’oriente pas les questions et la réflexion des enfants vers les éléments permettant de clarifier ce qui n’est pas explicitement dit, on laisse les enfants passer à côté de l’essentiel. « Lire et faire lire » c’est très louable, mais sous certaines conditions.

Mieux vaut
habituer les enfants à la recherche de cette compréhension fine des mots, des phrases, des textes et des histoires, lorsqu’ils n’ont pas encore à déployer eux-mêmes les efforts pour lire, si l'on veut qu'ils puissent mener eux-mêmes de front ensuite lecture et compréhension.        

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