ANI-MOT-LIRE

Plus qu'un apprentissage de la lecture : une éducation à la lecture. Une démarche novatrice permettant la découverte par les enfants de 5 à 8 ans de notre système de lecture-écriture. Marie-Joëlle Bouchard.

16 février 2006

APPORT DE L'IRMf

Apport de l'Imagerie par Résonance Magnétique (IRM)

Stanislas DEHAENE, chercheur à l’INSERM (Unité INSERM 562 « Neuro-imagerie cognitive »), a fait des observations intéressantes dans ce domaine, grâce à l’Imagerie par Résonance Magnétique fonctionnelle ou IRMf. Il les expose dans un article intitulé « Les bases cérébrales d’une acquisition culturelle : la lecture » que l’on peut consulter sur Internet

S. Dehaene affirme que plus d’une dizaine d’aires cérébrales réparties dans les régions occipitales, temporales, pariétales et frontales sont mobilisées au cours de l’opération complexe qu’est la lecture.Il évoque particulièrement le rôle joué par une petite région, qui intervient aux étapes les plus précoces de la lecture, qu’il appelle « l’aire de la forme visuelle des mots ». Il est aisé de la repérer par la technique de l’IRMf car quelques minutes de lecture suffisent à l’activer de façon reproductible chez n’importe quel bon lecteur. On la retrouve systématiquement à la même position chez tous les individus. Cette aire de la forme visuelle des mots fait partie de la voie visuelle ventrale gauche.

S. Dehaene fait l’hypothèse d’une « reconversion neuronale ». Selon ce principe de reconversion neuronale, chaque invention culturelle doit trouver dans le cerveau un circuit, ou un ensemble de circuits, dont le rôle initial est approprié et dont la flexibilité est suffisante pour être reconverti à une fonction nouvelle. Ainsi, cette région cérébrale est consacrée, chez les primates, aux opérations d’identification visuelle.
Notre histoire évolutive a doté notre système cérébral d’une région dans laquelle les neurones sont sensibles à des combinaisons élémentaires de traits visuels présentés dans la fovéa. Ils sont capables d’apprendre des combinaisons nouvelles et projettent en direction des autres aires de l’hémisphère gauche. Cette région est précisément celle qui acquiert, au cours de l’apprentissage de la lecture, un code invariant des mots, propre au système de lecture-écriture qui lui est inculqué.
Le cerveau n’a ni la possibilité matérielle, ni le besoin de créer de novo une aire cérébrale aux propriétés originales. Aucune aire cérébrale n’a évolué pour la lecture. Ainsi l’apprentissage de la lecture reconvertit ou « recycle » un réseau de neurones dont la fonction initiale est suffisamment proche.
La difficulté d’apprentissage d’un concept ou d’une technique nouvelle s’explique en partie par la plus ou moins grande difficulté de la reconversion cérébrale.
S. Dehaene explique également que chez les primates, les neurones du cortex inféro-temporal présentent des formes élaborées d’invariance, invariance de position, de taille et de forme. Tel neurone pourra par exemple, répondre à la vue d’une tête de chat, que celle-ci soit proche ou lointaine, qu’elle soit tournée vers la gauche ou vers la droite. Certains neurones répondent même à des vues très différentes du même objet, par exemple son profil et sa vue de face. Enfin ces neurones sont dotés d’une grande plasticité qui leur permet d’associer des images arbitraires. Les circuits dans lesquels ils s’insèrent paraissent donc particulièrement adaptés à l’identification invariante des lettres et à l’apprentissage de leurs formes multiples, majuscules ou minuscules. Simplement cette adaptation n’a rien de spécifique aux lettres, elle existe parce qu’elle contribue à la reconnaissance des formes de façon générale.

Pour l’apprentissage de la lecture, l’étape de l’écriture en miroir et la difficulté à distinguer entre autres les lettres b, d, p, q, peut s’expliquer par le fait que notre système visuel calcule « une invariance de rotation », qui nous est utile pour reconnaître un objet sous tous ses angles, mais qui nous dessert dans le domaine de la lecture.

On estime que cette aire de la forme visuelle des mots effectue l’analyse visuelle des lettres qui composent les mots et fournit aux autres régions cérébrales une représentation de leur identité et de leur ordonnancement. Mais cette région de la forme visuelle des mots ne répond pas immédiatement aux mots plus qu’à d’autres formes visuelles similaires. C’est seulement chez l’enfant de dix ans qu’on commence à y enregistrer des réponses qui ressemblent à celles de l’adulte. Ce sont les compétences acquises au cours de l’apprentissage de la lecture qui entraînent une spécialisation de cette région.

Plusieurs conclusions s’imposent :

- ces confusions sont donc « naturelles » en début d’apprentissage, en maternelle, où j’avais pu les observer, puisque cette région de la forme visuelle des mots, si elle en permet l’analyse, ne s’est pas encore spécialisée. On peut dire que si rien n’est fait avant le CP, pour aider à la discrimination des formes proches (b, d, p, q, u, n, entre autres), le problème se pose alors, et ce que l’on nomme parfois, trop précocement et trop rapidement « dyslexie », n’est rien moins qu’un déficit de l’apprentissage concernant cette discrimination. A laquelle il faut ajouter la non prise en compte dans les mots, des notions de place et d’ordre des différentes formes ou lettres (lorsqu’elles peuvent être nommées).

- d’où l’importance de l’aide à apporter à l’analyse visuelle des formes, des lettres et des mots, aux différentes étapes de l’apprentissage, qui m’était apparue nécessaire à la suite de l’observation des enfants et dont S. Dehaene me fournit la confirmation.
- des confusions constatées dans les prénoms en Grande Section, on peut déduire que les enfants n'en restent pas, même en début d’apprentissage, à une appréhension visuelle globale, puisqu'ils opèrent une analyse visuelle des mots, des formes et des lettres qui les composent.
- cette analyse visuelle des mots n’est cependant pas fiable, reposant comme le montre S. Dehaene sur une reconversion cérébrale, qui est nécessaire à la distinction des formes et des lettres symétriques (écriture en miroir des mots, lettres b, d, p, q et u, n…), et que seule l’expérience et l’apprentissage aident peu à peu à opérer.

Voir "les solutions".

Posté par animotlire à 14:10 - 5°2 Apport de l'IRMf - Commentaires [0] - Permalien [#]

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